domingo, 3 de abril de 2011

En suspens

        
        J’élève des plantes en cage sur un petit balcon suspendu au-dessus de la réalité vagabonde. Je leur donne un peu de vert et de la musique savante, et comme elles ne me répondent pas, je veux croire qu’elles sont heureuses. Le ciel accroché au plafond est triste comme une mer de toits en fer. Malgré le chant de l’eau de là-haut et  l’herbe apprivoisée, nul ne doute que la jeune ville armée n’est pas loin. Je me suis penché de tous mes doutes de l’autre côté du ciel. Je ne suis plus suspendu à lui que par un fil d’objectivité. Dans un instant je tomberai à la renverse des nuages. Avec un peu de chance cela aura suffi au dérèglement du temps. Le changement météorologique de la raison donnera quelques frissons et un bon abri pour rêver. Le pain vu d’ici a le goût quotidien de la terre et nul ne peut plus réordonner la boîte renversée sur les allumettes. Du côté antérieur, des enfants jouent encore à ne pas savoir marcher entre les flaques. La rue est un champ de bataille à mourir de candeur. Dans mon abri de fleurs séchées et nostalgiques je joue aussi avec le ridicule des choses apprises.  Dans l’odeur des feuilles mortes l’espérance d’être libre est un vers imaginaire. Tombé aussi haut, je ne cherche plus à me relever en terre. Quelque en soit la raison de vivre, vu d’ici il n’y a aucun dédommagement convenable à la nature de cet assemblage.


( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot ) 

No hay comentarios:

Publicar un comentario