viernes, 11 de febrero de 2011

Éclos



Il y a ce germe,
Rampant,
À la surface de toute chose,
A fleur de peau,
Et dans mon ventre.
Et qui attend au crépuscule
Ma faiblesse d'esprit.

Il y a ce germe,
Éclos,
Invisiblement répandu sur mes traces,
A l'endroit du dégoût infectieux
De toujours être ma chair.

Il y a ce germe,
Inspiré.
Plaisirs de sang,
Et peurs assassines.

Il y a ce germe
De sadisme heureux.
Et je serai son hôte,
Toujours reconnaissant.


( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )

jueves, 3 de febrero de 2011



III



            Aujourd'hui je ne sortirais pas de chez moi. Il y a quelque chose de poisseux dans l'air, les gens sont trop laids, trop vulgairement parlant. Cette nuit avec un peu de mensonge et juste ce qu'il faut d'obscurité ils me paraîtront magnifiques. Je m'en irais avec eux célébrer le peu de ce que nous avons cru comprendre du néant.

            C'est d'abord dehors que j'étouffe avant de me fondre dans une colonne en ciment. Je ne vois pas d'où vient le vent, je n'ai plus confiance dans le ciel. Ce n'est pas de l'ennui, c'est juste ce qu'il me fallait de méfiance pour m'en détourner. Je remue la cuillerée d'un certain dégoût dans l'acidité de mon café. C'est assez d'amertume pour des pensées clairvoyantes. Dans le relief des formes brunes je crois voir des visages humains. Cela même qu'aujourd'hui j'avais essayé de fuir.

            Il n'y a plus de café, ou plus de détergent. De l'autre côté de l'abri, je sortirais malgré leur présence. Il nous manque toujours quelque chose, je n'ai jamais autant manqué de petites choses que lorsque je pouvais tout avoir. Il faut être contemporain me dit-elle enthousiaste, c'est bien ce que je fais: j'irais chercher l'amertume du café et la pureté du détergent pour laver les traces de notre vie biologique, quelques liquides acides et le sang sur sa culotte, celui de l'enfant qu'une fois de plus elle n'aura pas.

            Dans les rayons des nécessités primordiales, les exigences sont des utopies en couleur. Au milieu de tous ces étranges symboles je cherche encore les mots justes. Les mots intouchables de la beauté pour réécrire aux hommes l'anthologie des rêves. Mes pensées seules sont libres, je m'en remets perpétuellement au salaire de la contrainte. Dans un instant il faudra que je m'avance vers le comptoir de son monde à elle. Elle est jeune mais d'une beauté fatiguée par ses expressions automatiques. Ce n'est pas la griffe d'une ride sur son visage,   cela tient plutôt à son regard triste, à son illusion égarée dans la monotonie des comptes et du rangement.

            Cela me trouble, je remonte l’escalier en courant mais les mots ne sont plus exactement à leur place. Dans l'ordre égaré de la beauté, je ressens la même peur qu'elle de la nuit et des prédateurs. Le front inquiet et l'œil encore primate, j'ai désormais la subtilité du sentiment mélancolique pour m’imaginer au dessus de la chair. Dans quel monde  ai-je vécu  pour  me croire épargner? 


( Extrait de "Anthropologie du hasard"  de Laurent Perrot )

miércoles, 19 de enero de 2011



J’ai connu l’enfant qui vole
Il y a des larmes de charbon
Suspendues à ses joues de craie.
Son frère,
Le clown triste
Renverse le sable brûlant
Des feux de la piste.
Ses bras de satin
L’ont porté de ville en ville.
Il marche sur la ligne de l’horizon,
Au dessus des saisons.
Son corps se souvient
Du contrepoids de la terre
Au premier matin de l’envol.
A l’heure où se couche
Le dernier enfant,
Sa vie devient,
Quelque chose de léger
au dessus des foules.
Son corsage de soie
Retient sa conscience plume.
Pour lui les étoiles de la piste,
Le ventre nu.
Pas de cartable,
Pas de livre,
Il passe sa vie, aérien.
Le magicien range sa valise.
Il parle aux animaux sauvages. 
Demain il s’envolera à nouveau,
Seule une trace de roue,
Le fer et la grille.
Le songe nomade achevé,
Il faut tourner le dos à l’enfant.
Marchant le long du fleuve,
Derrière la grille,
Je rêve d’être :

             l’enfant qui vole.
 

( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )

jueves, 13 de enero de 2011

Interprétation


Sans le toucher,
Elle devine,
La ressemblance des corps
Sous l’accoutrement quotidien.
Lui,
Sans le vouloir,
C’est partout qu’il expose
Ses acrobaties énigmatiques.
Fragilité sans faiblesse,
Et orgueilleuse pudeur.
Il parle à reculons,
Le regard au bord du vide.
Elle voudrait qu’il s’approche,
De quelques mots seulement.
Pourtant,
Même la tête baissée,
Ses yeux sont trop saillants
À ceux de celui qu’il regarde.
Il le sait.
Il contemple son visage.
Elle sait qu’il sait qu’elle devine.
Il aperçoit la blessure de ses lèvres,
Un vent mécanique
De propos dérisoires.
Meilleure interprète que lui,
Elle peut encore sourire.
Le temps d’un souffle,
Elle entrevoit
Par-delà ses maladresses,
Son espoir élégant
Au renoncement
De toutes les turpitudes.


( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )

sábado, 1 de enero de 2011


IV



Sa carcasse brille, je monte au cœur de l’engin. Je plaque la monnaie sur le zinc, la machine crache un billet pour d’autres horizons, ses boyaux de moteur gronde, je m’évade enfin dans l’enfer des villes. C’est mon voyage à moi. C’est le transfert extravagant des masses. Dans ce mouvement, l’espoir n’est plus indispensable. Nous savons que durant le trajet tout peut arriver. Et c’est là que véritablement se changeront nos vies en quelque chose de désirable ou bien de plus insignifiant.

Trop exposé à des orgueils semblables, il faut que je me protège, le cœur de cet engin est une cachette idéale. Au-delà des étendues de la grande savane et du plus profond des temples d’Angkor, je ferais ce voyage tous les jours. Je laisse mes pensées glisser sur l’asphalte, elles s’abandonnent comme des reflets étincelants sur ce capot d’argent. Je vois le monde d’en haut. Le regard rivé par-delà la fenêtre, je suis au sacre d’un corps enfin invisible. Mon impudeur est sans limite. Entre moi et les hommes souffle un cristal fin et inquiétant. A travers lui je contemple à travers eux. Les lueurs de la ville m’ont rendu flou pour ne plus les déranger dans le fond de leurs contradictions.

J’ai dans les yeux les larmes d’une gélatine anthropologique. Je pleure cette extraordinaire étrangeté du quotidien. C’est son insoutenable simplicité qui me transporte, non plus cet engin vrombissant. Dans les rugissements mécaniques et l’odeur noire de cette ville, je retrouve la volupté des sentiments. Il peut ne plus y avoir de chemin, que l’homme n’invente jamais la roue. Je peux désormais renaitre, vivre et mourir attacher à la terre, cette richesse est dans mes mains. Je l’ai compris assis au rang des passagers.

Assis, en alerte, je contemple une armé de gens de la petite vie, les poches vides, les sacs vomissant de factures. Sous leurs rires, serrée entre les dents, on devine la fatigue des jours passés à attendre quelque chose de mal défini. Je lis en eux des ambitions sublimes et des velléités mesquines, ce sont les mêmes que les miennes.

Demain est un autre jour disent-ils. Demain, ils remonteront dans la carcasse de l’ engin. Ils souligneront le regard tendu ces même images de bord de route. Ils savent que c’est le long de ce trajet que pourrait véritablement changer leur vie. A cette condition, de ne plus descendre à l’arrêt attendu.


( Extrait de "Anthropologie du hasard"  de Laurent Perrot )

jueves, 30 de diciembre de 2010

Velléité


Sans l’audace de vivre,
Elle s’est arretée là.
Comme une oeuvre inachevée.

Avec ses excuses sordides
Et sa peur anthropique.
Avec sa chair,
Trop pathologique,
Insuffisante.

Son regard est absolu
Lorsqu'elle contemple son passé:
Toute-puissance.

Perpétuée dans le regret,
Inégalable.
Dernière pasagère d'une volonté 
Évanounie,
Elle regarde derrière elle,

Ce train perdu.
 

( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )

Innocence

Brûler les mots,
Tous les mots,
Avec ceux du silence.
Croire que rien ne sera résolu.
Savoir,
Croire savoir,
Enfin,
Ne plus croire.
Vomir le remède
Avec la bile des illusions.
Ne plus attendre au rendez-vous de l'autre
Que la saison des reproches.
Mais couper les branches bleues de l'arbre,
Et dans le gémissement de la mer
Retrouver le sommeil de l'enfant.
Une dernière fois,
 
Épargné.


( Extrait de "Le prénom de l'existence" de Laurent Perrot )