viernes, 8 de julio de 2011

XIII


Je vomis
la bile du cosmos
vers une rivière exégète
à genoux devant le chaos
je joue avec le désordre du matériel absurde
et je le réordonne
en une formule complexe 
de réactions violettes.


Vomito
la bilis del cosmos
hacia un río exegeta
arrodillada ante el caos
juego con el desorden del material sin sentido
y lo reordeno
en una compleja fórmula 

de reacciones violetas.
IX


Je crie
Des balbutiements de grenouilles aquatiques
pendant qu'elles m'illuminent
avec leurs griffes
derrière mes ombres
et je cours
vers une réalité endossée
loin de mes blattes nageant dans des eaux vertes
flagellée
trempée de mercure
perdue.



Grito
Balbuceos de ranas acuáticas
mientras me alumbran
con sus garras
tras mis sombras
y corro
hacia alguna realidad asumida
lejos de mis cucarachas nadando en aguas verdes
flagelada
empapada de mercurio
perdida.
X

En suçant
le breuvage de ses lèvres bucoliques
s'incube
une larve
au coeur de mes neurones abîmés
et je m'incinère
pour ne jamais répandre
sa folie liquide
dans ce réalisme cru
chaque fois brillant
chaque fois triste
           mortellement sec.



Chupando
el brebaje de sus labios bucólicos
se incuba
una larva
en mis neuronas dañadas
y me incinero
para no derramar nunca
su locura líquida
en este realismo crudo
cada vez lúcido
cada vez mustio
                 mortalmente seco.


domingo, 12 de junio de 2011

Liqueur


Le cheval bleu protège son ventre translucide. Il prend des allures allongées, affolé il va l’amble dans l’horizon de la mer. Mon essence est une eau dans laquelle se noie mon existence libellule. Un souffle m’a garni des sabots en racine de fer et mes os sont des ailes de miettes. Je suis une nage immobile. De temps en temps je frissonne pour les grumeaux d’une bulle d’or. Les tourbillons dessinent des mensonges euphoriques : ce sont des ascenseurs toujours en panne ou trop farci de gens. Sans savoir me soutenir, le vol de la légèreté se crève. L’hélium de l’aubaine remonte au contact d’une surface absolument sans désordre mais à jamais létale.


( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )

viernes, 15 de abril de 2011

Ils disent


Ils disent qu’il y a un bien,
ils disent qu’il y a un mal,
ils disent que la vertu est un devoir
et que le bonheur est une entreprise.
Ils disent que l’idéal est un fruit justice.
Ils disent qu'il y a ceci,
ils disent qu'il y a cela.

Pourtant,
tout ce qu’il y a en moi,
c’est la conscience de toi.
Tout ce que j’augure de bon en soi,
c’est la croyance que tu as fait de moi.

Moi,
l’absence,
un miroir de ta présence.

domingo, 3 de abril de 2011

Inexistence


Tu n’existes pas
m’a dit l’oiseau pourri au fond des bois,
l’arbre prisonnier dans l’estuaire,
le fruit baigné dans l’eau croupie,
la fleur double mort-née dans le calice
Tu n’existes pas
m’a dit une goutte de sang sur la lèvre,
le goût bleu de l’acier dans ma bouche encore rouge.
Tu n’existes pas
m’a dit un poème écrit sur l’eau
avec des mains de morte et leurs mots sans écho.
Tu n’existes pas
m’a dit la symphonie profonde et triste
que je ne respire plus.
Tu n’existes pas
m’a dit l’ombre du soir
qui ne cesse de s’abattre sur ta nuque,
hémorragie noire de l’univers sur la lumière déjà faible.
Tu n’existes pas
m’a dit la danse immobile des vieillards fatigués,
et le regard vide des objets perdus.
Tu n’existes pas
m’a dit l’être de tous les lieux
alors que je venais à sa rencontre
Tu n’existes pas
m’a dit l’essence de toute chose,
et que le récit même ne t’appartient pas.

Maintenant va.
Si tu peux,
tu vivras d’oublier cela.

En suspens

        
        J’élève des plantes en cage sur un petit balcon suspendu au-dessus de la réalité vagabonde. Je leur donne un peu de vert et de la musique savante, et comme elles ne me répondent pas, je veux croire qu’elles sont heureuses. Le ciel accroché au plafond est triste comme une mer de toits en fer. Malgré le chant de l’eau de là-haut et  l’herbe apprivoisée, nul ne doute que la jeune ville armée n’est pas loin. Je me suis penché de tous mes doutes de l’autre côté du ciel. Je ne suis plus suspendu à lui que par un fil d’objectivité. Dans un instant je tomberai à la renverse des nuages. Avec un peu de chance cela aura suffi au dérèglement du temps. Le changement météorologique de la raison donnera quelques frissons et un bon abri pour rêver. Le pain vu d’ici a le goût quotidien de la terre et nul ne peut plus réordonner la boîte renversée sur les allumettes. Du côté antérieur, des enfants jouent encore à ne pas savoir marcher entre les flaques. La rue est un champ de bataille à mourir de candeur. Dans mon abri de fleurs séchées et nostalgiques je joue aussi avec le ridicule des choses apprises.  Dans l’odeur des feuilles mortes l’espérance d’être libre est un vers imaginaire. Tombé aussi haut, je ne cherche plus à me relever en terre. Quelque en soit la raison de vivre, vu d’ici il n’y a aucun dédommagement convenable à la nature de cet assemblage.


( Extrait de "Le prénom de l'existence"  de Laurent Perrot )